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La cause des sans papiers toujours d’actualite

Marié et père de deux enfants nés en France, Nuri Tozak, arrêté le 31 janvier, risque à tout moment une expulsion vers la Turquie. De nombreuses personnes aux côtés de la Ville défendent la cause de cet homme et restent mobilisées pour les sans papiers.

Nuri Tozak, Kurde de Turquie, a été interpellé à son domicile le 31 janvier à la suite d’une obligation de quitter le territoire. Depuis, ce sans papiers est maintenu en centre de rétention à Saint-Exupéry, séparé violemment de son épouse Fadime et de ses deux filles Hadjer et Célia, âgées de 7 ans et demi et 2 ans. “Mes enfants sont très perturbées, elles réclament leur papa. Je ne sais plus quoi faire. Je vais perdre la tête”, se désespère Fadime, son épouse. “Nous nous sommes mariés en Turquie en 2002, nous avons déjà été séparés, je ne veux pas qu’il reparte”. Fadime Tozak vit en France depuis 1983 et dispose d’une carte de séjour de dix ans. Son mari, arrivé clandestinement en 2003, a déjà été expulsé en 2007. Pour rejoindre sa famille, il est revenu en mars 2010 et a demandé un titre de séjour “vie privée et familiale” qui lui a été refusé. Aujourd’hui, un recours est déposé devant la cour administrative d’appel. Mais à tout moment, il peut être expulsé.

Pour soutenir Monsieur Tozak et sa famille, un rassemblement s’est tenu le 8 février devant l’école Jean-Vilar où Hadjer est scolarisée. Organisé par des parents d’élèves, enseignants, élus, citoyens de Vaulx-en-Velin, il exprimait la solidarité et manifestait l’opposition à la politique répressive de l’Etat français à l’égard des étrangers. “Cette expulsion met en péril le devenir de la famille Tozak. Nous ne pouvons accepter qu’une décision préfectorale la détruise. D’autant plus que cette famille est parfaitement intégrée dans la vie sociale de notre commune”, déclarent le maire Bernard Genin et son adjointe Sophie Charrier, déléguée aux Droits de l’homme et de la femme, à l’Accès aux droits, aux Solidarités et aux Relations internationales. Cette dernière a adressé un courrier au préfet de Région, Jean-François Carenco qui, par son pouvoir discrétionnaire, peut mettre fin aux tourments de cette famille, “permettre aux enfants de vivre avec leurs deux parents”, soulignent des membres du Réseau éducation sans frontière (RESF). C’est ce que réclament les centaines de personnes qui ont signé la pétition de l’association. L’espoir de la famille Tozak repose sur cette mobilisation et sur l’aptitude du représentant de l’Etat à revoir sa position.

Pas de victoire sans combat

“Même si tout n’est pas gagné, le travail mené collectivement pour soutenir les sans papiers vaudais porte ses fruits. Dernièrement, il a contribué à la régularisation de Madame Tounkara et de Monsieur Serreir”, insiste Sophie Charrier. Fin décembre 2010, Sokona Tounkara, malienne arrivée en France en 1999, a obtenu l’accord préfectoral pour une carte de séjour “vie privée et familiale” d’un an renouvelable. Un soulagement sans mesure pour cette mère de quatre enfants en situation de grand mal-être. Pour elle, il était temps ! Reste que pour Maoundé Tounkara, son mari qui vit en France depuis 18 ans, les démarches n’ont toujours pas abouti... Youcef Serreir compte, lui, dix ans de présence sur le territoire. Ressortissant algérien, il n’a plus de famille en Algérie. Ses frères et sœurs sont citoyens français. Il aura fallu près de dix ans pour que ce Vaudais, travaillant et faisant l’objet d’un suivi médical permanent, obtienne un titre de séjour. En une décennie, il a fait trois demandes. A chaque fois, le préfet a refusé et le tribunal administratif a cassé la décision préfectorale. Mais à deux reprises le préfet a obtenu en appel l’annulation des décisions favorables à Youcef Serreir... Pour Mouad Adib, la préfecture n’a pas manqué de lancer une nouvelle procédure en appel. Le jeune vaudais, passé au tribunal le 25 janvier, attend de connaître son sort. Tout n’est pas gagné. L’Etat français s’acharne, au mépris des Droits de l’homme, au mépris des Droits de l’enfant.

Fabienne Machurat

  • Immigré, légal bouc émissaire ?

Le projet de loi Besson, adopté par l’Assemblée nationale le 12 octobre, a suscité un nouvel élan de protestation avant sa discussion au Sénat le 2 février. A Lyon, le 29 janvier, une manifestation était organisée à l’appel d’un collectif rassemblant associations, syndicats et partis politiques. En sept ans, c’est la cinquième modification du code sur le droit d’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile. Elle vise à réduire le droit des immigrés, renforcer la répression à l’égard des sans papiers. Elle prévoit notamment la peine de bannissement (interdiction de retour sur le territoire de 2 à 5 ans) ; l’allongement de la durée maximale de rétention, de 32 à 45 jours ; la privation de liberté durant 5 jours sur décision administrative, avant que le juge des libertés et de la détention ne soit saisi ; le délit de solidarité ; la création de zones d’attente spéciales, zones de rétention permettant d’expulser rapidement les personnes qui viennent d’entrer sur le territoire ; la restriction massive du droit au séjour pour raisons de santé... Rien n’est joué avant que le président de la République signe le décret d’application de cette loi !

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